C’est quoi une décision ? Et comment l’IA va-t-elle l’impacter ?
Dans le continuum de l’intelligence collective, l’étape de la décision vient après celle de l’alignement collectif, de la problématisation puis de l’idéation, et avant celle du passage à l’action.
Je me pose ici la question de comment elle va être affectée par l’IA, mais je pense nécessaire de nous réaligner avant sur notre compréhension de quoi une décision est faite.
Les chercheurs ont depuis longtemps tenté d’en décrypter la mécanique.
Un regard rapide sur leurs travaux révèlent trois dimensions indissociables.
1. La décision comme CALCUL RATIONNEL (Herbert Simon, 1947)
Le courant de la rationalité limitée considère que décider, c’est sélectionner une option satisfaisante parmi plusieurs, sous contraintes d’information, de temps et de capacité cognitive.
L’humain ne cherche pas l’optimal, mais le “suffisant”. Mon fameux « good enough »… n’est ce pas Kristy Anamoutou 😉
➡️ Avec l’IA:
L’illusion du “tout rationnel” revient par la fenêtre. Les algorithmes promettent une rationalité élargie — calculer plus vite, plus loin, plus exhaustivement.
La tentation semble forte de trop et sans fin en déléguer le calcul, avec le risque d’oublier que toute rationalité est contextuelle et située.
Ils s’agira donc désormais de se souvenir que la justesse d’une décision dépend moins de la donnée que du cadre dans lequel elle prend sens.
2. La décision comme INTERPRÉTATION DU RÉEL (James March, 1994)
Pour James March, cofondateur de la théorie comportementale des organisations, décider n’est pas résoudre un problème, c’est négocier une signification.
Les décisions naissent d’interactions, de symboles, de récits partagés.
Elles sont des expressions culturelles autant que des choix techniques.
➡️ Avec l’IA:
L’outil algorithmique produit des synthèses, des patterns, des corrélations.
Mais il ne “comprend” pas : il ne construit pas de sens.
Il se peut qu’à force de résumer nos échanges et débats, l’IA appauvrissent la texture symbolique de nos décisions.
3. La décision comme ENGAGEMENT MORAL ET ÉMOTIONNEL (Hannah Arendt, 1958)
Décider, c’est aussi s’engager dans l’action.
Pour Hannah Arendt, l’acte de décision relève de la responsabilité d’agir dans un monde incertain, où la liberté consiste justement à commencer quelque chose de neuf.
C’est un geste éthique, autant qu’un geste logique.
➡️ Avec l’IA:
La tentation grandit de se réfugier derrière la machine : “le modèle l’a dit donc…”. Mais aucune IA ne porte la fatigue morale ni le poids symbolique du “je décide”.
Interrogeons nous sur la responsabilité quand le pouvoir d’initier une action se partage avec des systèmes qui ne ressentent rien.
. Herbert Simon ➡️ toute décision est imparfaite.
. James March ➡️ un acte de sens.
. Hannah Arendt ➡️ un acte de responsabilité.
L’IA va nous obliger à revisiter ces trois dimensions, non pas pour trouver par quoi les remplacer – mais avec le challenge d’avoir à les réaccorder.
Pour échanger sur ces enjeux ▶️ contact@decaiders.com