L’illusion du « Fact-Checking » (et pourquoi le prochain rôle à intégrer est un « Bias-Checker »)

Dans la continuité de mon dernier post sur « L’angle mort de l’intelligence collective », j’aimerais en aborder un autre : celui de la qualité de l’information que nous traitons.
Nous vivons une époque étrange. Nous sommes inondés de Fake News, et notre réflexe collectif est de crier : « Quelles sont tes sources ? ».
Le problème ? À l’ère de la défiance généralisée, la source ne fait plus foi. Si l’information déplaît, la source est disqualifiée.

Le combat du « Fact-Checking » (vérifier chaque info une par une), certes important et héroïque, est devenu un combat de Sisyphe. C’est le colibri contre l’incendie.
-> Aujourd’hui, on passe notre temps à nous montrer un « poisson pourri » (la Fake News) en nous disant de ne pas le manger. C’est utile, mais insuffisant face au volume croissant. L’urgence n’est plus de trier les poissons dans l’océan. L’urgence est d’apprendre à tisser le filet pour qu’il n’attrape que les poissons sains.
Ce filet, ce sont nos cerveaux et leurs biais cognitifs.

Comme je le résume dans le tableau ci-dessus, il est temps d’opérer un pivot méthodologique important dans nos démarches collaboratives et gouvernances associées : passer du rôle de « Fact-Checker » à celui de « Bias-Checker ».
Regardez la différence de posture :
HIER : Le Fact-Checker (Approche externe)
. Son focus : la source (la crédibilité du messager).
. Son combat : la fausseté de l’information.
. Sa limite : la défiance. Plus personne ne croit les arbitres de la vérité.
. Sa valeur ajoutée : corriger une erreur factuelle ponctuelle. C’est nécessaire, mais c’est du « curatif ».
DEMAIN : Le Bias-Checker (Approche interne)
. Son focus : notre cerveau (le filtre du récepteur).
. Son combat : la fragilité de notre jugement.
. Sa limite : l’inconfort. Il oblige à l’introspection (« Pourquoi ai-je envie de croire ça ? »).
. Sa valeur ajoutée : détecter et révéler les biais structurels (confirmation, effet de groupe, etc.) qui contaminent la décision à la racine. C’est du « préventif ».

Dans vos prochaines démarches d’innovation participative ou vos dialogues avec vos parties prenantes, ne vous demandez plus seulement si les données sont « vraies ». Demandez-vous à travers quels filtres déformants votre collectif est en train de les regarder.
Arrêtons de vouloir réparer la digue qui fuit. Adaptons les mailles du filet.

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