Entre la ruche parfaite et l’individu, où placer le curseur de la décision ?

J’ai regardé Pluribus* récemment, la série de Vince Gilligan sur Apple TV+. Au-delà de la géniale fiction, j’y vois une parabole fascinante pour nos organisations.
Le pitch (sans spoiler)? Un monde où le savoir est parfaitement partagé, où la décision individuelle et le libre-arbitre s’effacent totalement au service du bonheur du collectif. Si un membre du collectif possède une compétence, elle est instantanément accessible à tous. C’est le fantasme absolu de l’Intelligence Collective, du Knowledge Management ultime, souvent inspiré d’ailleurs par biomimétisme (fourmis, abeilles).
La série soulève ainsi le dilemme, parfois le tabou, de la décision collective versus individuelle.

Dans nos transformations vers plus de participatif, nous laissons souvent planer le flou de croire que « plus c’est collectif, mieux c’est », sans jamais vraiment clarifier ce qui devrait rester à la maille de l’individu.
C’est ici que l’actualité nous rattrape. Ce monde Pluribusien, les IAG nous promettent d’y accéder aujourd’hui : une connaissance collective disponible par simple Chat avec la machine, à chaque instant, dans chaque situation. Mais avec une différence majeure : là où le réseau de la série semble ne garder qu’un dénominateur commun positif et utile, nos modèles d’IA absorbent tout – nos génies comme nos biais et nos névroses.
Face à cette intelligence collective humaine et/ou artificielle qui grandit, quel rôle restera-t-il pour l’individu ?
Dans cette optique, j’aimerais vous proposer un exercice en 3 colonnes pour tenter de dissiper le flou avec vos équipes :
1. Ce qui semble devoir relever du Collectif: la raison d’être, la stratégie, la culture, les valeurs, les règles du jeu. Ici, le consensus est probablement la clé de l’adhésion.

2. Ce qui pourrait rester à l’échelle de la décision individuelle. Si le savoir est partagé par et avec tous grâce à l’IA, qu’est-ce qui nécessite encore un « Je » ?
. Est-ce la prise de risque (là où le groupe cherche la moyenne) ?
. Est-ce l’intuition face à une donnée ambiguë ?
. Est-ce la responsabilité morale de trancher ?

3. La zone de friction, appelons-la « le Pluribus » en hommage à la série :). Ces sujets ni blancs ni noirs, qui créent souvent les tensions, les doutes et l’immobilisme ? Identifier ces zones, c’est déjà, peut-être, commencer à les résoudre.

La véritable intelligence collective ne devrait-elle pas ne pas chercher à tout décider ensemble, mais à offrir un filet de sécurité de connaissances si solide qu’il permettrait, justement, aux individus d’oser davantage ?
Et vous, dans votre organisation, la frontière entre ce que « Nous » décidons et ce que « Je » décide est-elle claire ?

* Le nom Pluribus vient directement de la devise des États-Unis, « E pluribus unum » (« De plusieurs, un »). L’ironie typique de Vince Gilligan: détourner un symbole de démocratie fédérale pour en faire le nom d’une tyrannie du consensus absolu.

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