A la suite de la formation que je viens de suivre au Museum Nationale d’Histoire Naturelle sur « les Sciences Participatives », je souhaite poursuivre plusieurs pistes. La première concerne l’identification et l’analyse de passerelles méthodologiques entre ces « Sciences Participatives » et mes domaines historiques que sont l’innovation participative, l’intelligence collective, la démocratie participative, l’Open Data et plus largement le dialogue et la mobilisation des parties prenantes. La seconde, dans le prolongement de la précédente, a pour objectif la sensibilisation auprès des parties prenantes « Entreprises », pour les stimuler et les convaincre de plus s’intéresser à ce champ situé pour elles aux frontières du scientifique, de l’académique et de l’impact sociétal, et les aider à identifier différentes modalités possibles de leur participation à ces projets.
Une définition pour commencer
Quand on parle de sciences participatives, on pense parfois à des citoyens qui observent des oiseaux justement, ou à des élèves qui mesurent la qualité de l’air. C’est juste… mais c’est aussi bien plus large.
Les sciences participatives, ce sont toutes les démarches où des non-scientifiques participent à la production de connaissances, en lien avec une méthode rigoureuse. Cela peut prendre la forme d’un protocole co-construit, de la collecte de données, de l’analyse collaborative ou de la restitution ouverte.
Et contrairement à ce qu’on imagine, ces démarches ne se limitent pas à la nature, la biodiversité ou à l’environnement, même si c’est sans doute là qu’elles sont les plus en pointe notamment grâce à des acteurs comme l’OFB : elles peuvent s’appliquer à la santé, au travail, aux usages numériques, à la qualité de vie, et pourquoi pas… au sein même des entreprises ou des territoires.
Pourquoi les comparer à d’autres champs ?
Les sciences participatives peuvent parfois être en lien avec, assimilées voire confondues avec :
- l’innovation ouverte ou participative,
- l’intelligence collective,
- la démocratie participative,
- le dialogue avec les parties prenantes.
👉 Ces démarches ont toutes en commun de mobiliser un collectif pour produire quelque chose. Mais ce qu’elles produisent, comment, avec qui et dans quel but varie considérablement.
Le choix des critères de comparaison (et pourquoi ils comptent): voici les critères que j’ai retenus pour structurer la comparaison, et ce qu’ils permettent d’éclairer :

J’ai ensuite défini le tableau comparatif suivant:

👇 Zoom sur les leviers motivationnels des participants: ce qui les motive à y participer.
. Sciences participatives 👉 Contribuer à une cause, produire un savoir utile, être reconnu
. Innovation ouverte 👉 Créer, résoudre un défi, se démarquer
. Intelligence collective 👉 Faire partie d’un collectif, construire ensemble
. Démocratie participative 👉 Exercer un droit, peser sur les décisions
. Dialogue parties prenantes 👉 Défendre ses intérêts, faire entendre sa voix, coconstruire un compromis
✅ Pourquoi envisager une démarche de sciences participatives ?
S’engager dans une telle démarche, ce n’est pas simplement “faire participer”. C’est changer la façon dont on produit de la connaissance utile, à l’intérieur comme à l’extérieur de l’organisation. Et c’est aussi, plus fondamentalement, une manière de réaffirmer la valeur de la science et du temps long, dans un contexte où l’instantanéité, l’opinion et la performance immédiate dominent.
. Remettre la science au cœur, c’est redonner de la place aux faits, à l’observation rigoureuse, à l’interprétation collective — à rebours des injonctions court-termistes.
. C’est aussi offrir un cadre R&D accessible, qui permet de tester, documenter, comprendre, plutôt que simplement exécuter ou réagir.
Concrètement, les bénéfices sont multiples :
. Pour une entreprise ou une collectivité :
- Accéder à une connaissance plus fine, plus vécue, plus située.
- Mieux comprendre ce qui échappe aux tableaux de bord.
- Créer une culture d’apprentissage collectif, fondée sur l’observation et la rigueur.
- Intégrer une logique de R&D participative dans les projets de transition.
- Prendre du recul par rapport aux urgences opérationnelles et mieux questionner les choix stratégiques.
. Pour les participants :
- Être reconnu comme contributeur à part entière.
- Développer une posture d’observateur, de questionneur, de témoin.
- S’approprier les enjeux, développer des compétences.
. Pour les écosystèmes :
- Créer un socle partagé de compréhension des enjeux complexes.
- Initier des dynamiques de coopération sur des bases plus solides.
- Dépasser le débat d’opinions pour aller vers la co-construction d’une vision du réel.
Bref, les sciences participatives ne sont pas un “outil de plus” à mobiliser. Ce sont un appel à ralentir, observer, comprendre — pour mieux décider ensuite.
Et maintenant ? Je suis convaincu que les sciences participatives sont un levier puissant et sous-exploité dans les organisations, au-delà du champ de la biodiversité. Je poursuivrai cette exploration dans les semaines qui viennent, avec des exemples concrets, des témoignages, et des idées de projets-pilotes.
Et vous ? Avez-vous déjà été initiateur, pilote, témoin ou acteur d’une forme de science participative, même sans la nommer ainsi ? Dans quel domaine pensez-vous qu’elle aurait le plus de potentiel à vos yeux au sein de votre organisation, entreprise, secteur publique ou associatif ?
Pour en parler ▶️ contact@decaiders.com