3 questions (au moins) à MILAN STANKOVIC (Co-fondateur et CTO de Leadbay) sur la prise décision, individuelle ou collective, à l’ère de l’IA.

À travers de cette série d’interviews, l’ambition de DecAIders est de mettre en lumière l’évolution de l’acuité cognitive des dirigeants et de leurs équipes à l’ère des usages de l’IA. Comment décider avec clarté, déjouer les biais cognitifs, préserver notre discernement humain et agir concrètement face aux algorithmes ? Paroles de décideurs.

(DecAIders) 1. Pouvez-vous nous présenter votre parcours en quelques mots, vos projets à venir, vos défis à relever ?

(Milan Stankovic) Co-fondateur et CTO de Leadbay, basé à San Francisco. Leadbay aide les équipes commerciales à atteindre les entreprises que les outils classiques ne voient pas — celles qui ne génèrent pas de signaux digitaux, c’est-à-dire la grande majorité du marché.

Aujourd’hui nous vivons le même défi que tous: À une époque où l’IA bouleverse le monde, où des segments entiers du marché deviennent obsolètes, où les entreprises se transforment du jour au lendemain pour survivre. Il y a sentiment général d’inquiétude car l’avenir n’a jamais été aussi difficile à discerner. C’est ce qui a motivé la création de notre prochain projet Leaders in AI : une journée entre CEOs de grandes entreprises pour discuter de l’avenir.


(DecAIders) 2. Comment selon vous notre usage de l’IA peut-il impacter nos forces et faiblesses en termes de manière de prendre des décisions, individuelles ou collectives ?

(Milan Stankovic) L’IA nous donne un pouvoir considérable. Le pouvoir d’être davantage ce que nous sommes, d’aller plus loin, de faire plus. Mais pour y accéder, elle nous oblige à nous transformer. Et la transformation n’a rien de simple. Ce n’est pas un hasard si l’assemblée de tous les mythes antiques s’appelait les Métamorphoses. Abandonner ce que l’on a été est l’un des plus grands défis que la vie nous pose. C’est quelque chose que nous avons vu de près, vous et moi, dans les organisations que nous avons accompagnées. 

Paradoxalement, ce qu’il y a de plus artificiel peut devenir une puissance sans pareil si nous sommes capables de changer. Et changer demande d’être pleinement vu, dans tout ce que l’on est. Nous ne pourrons pas continuer avec les relations superficielles, la dissociation de notre personne entre la vie personnelle et professionnelle, la toxicité organisationnelle, le politiquement correct et toutes les formes de déshumanisation que notre société a normalisées. 


(DecAIders) 3. On dit souvent que l’IA optimise le passé (les données existantes) là où le leader doit inventer l’avenir. Comment parvenez-vous à préserver une part d’audace et d’irrationnel face aux recommandations ultra-rationnelles des outils technologiques ?

(Milan Stankovic) Heureusement, l’humain reste nécessaire.

Ce qui rend l’humain irremplaçable, c’est précisément sa capacité d’innover. Et tout ce dont vous avez besoin pour innover existe déjà. Les connaissances, les données, les composants sont là. Les IA nous donnent accès à tout cela plus vite. Elles accélèrent l’innovation.


(DecAIders) 4. On parle beaucoup des biais cognitifs de l’IA, mais selon vous, pourquoi l’humain au travail a-t-il tant de mal à corriger ses propres biais de décision?

(Milan Stankovic) Parce que corriger un biais demande du courage. Et le courage est rare là où la connexion est absente. Nous avons construit des organisations qui tolèrent l’hypocrisie, la déconnexion, et qui ont totalement atrophié notre capacité à l’empathie. C’est quelque chose que vous avez vu de près, j’imagine. Moi aussi.

La révolution de l’IA ébranle les fondations toxiques sur lesquelles reposent ces structures, et détruira une grande partie de ce que nous appelons « le monde », mais qui n’est en réalité qu’une façade de contrats sociaux ayant perdu leur âme. 

La nature du progrès technique est intrinsèquement apocalyptique. Ce n’est pas un hasard si « apocalypse », en grec, signifie révélation. Elle révèle ce qui est pourri, et ce qui est sain. 


(DecAIders) 5. Si vous aviez à envisager un “Coaching (individuel ou d’équipe) sur une problématique managériale, et notamment à l’ère des usages de l’IA”, pour vous ou vos collaborateurs, qu’en attendriez-vous en termes de valeur et quels seraient les freins éventuels pour décider de vous lancer ?

(Milan Stankovic) Je pense qu’en matière de croissance, qu’il s’agisse de croissance personnelle ou organisationnelle, les choses se passent à peu près de la même manière. L’humanité ne connaît que deux moteurs de croissance : le deuil et le désir. Le désir de nouveauté et le deuil de l’ancien. Tous deux exigent un courage immense, des espaces sûrs et un guide courageux.

Pour se transformer demande d’être pleinement vu. Et être pleinement vu demande de baisser des protections que l’on a entretenu depuis des années. Ça ne peut pas fonctionner via des relations superficielles, Il faut s’entourer de personnes de confiance.

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